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Christine de Pisan, La Cité des Dames

  • fardoise07
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 1 jour

J'ai déjà évoqué Christine de Pisan et son héritage, la place toute particulière qu'elle occupe dans notre histoire. (1)


Dans cette enluminure, due au maître de la Cité des Dames, Christine de Pisan est représentée à droite, tenant la truelle et construire le mur d'enceinte de la Cité des Dames. BNF :

Fille du médecin et astrologue italien de Charles V, veuve à vingt-cinq ans et sans ressources pour élever ses enfants, Christine de Pisan fit de sa passion du savoir sa raison de vivre et bientôt son métier. Première femme écrivain à vivre de sa plume, elle copiait ou préparait elle-même ses livres avec l'aide de copistes et d'enlumineuses et les offrait aux rois et princes mécènes. Des poèmes courtois aux compositions didactiques ou allégoriques et aux considérations sur l'époque, son œuvre, avec ses recoupements autobiographiques, est à l'aune de sa personnalité, originale, engagée. Réponse implicite à la Cité de Dieu de saint Augustin, récemment traduite en français, La Cité des Dames offre le plus bel exemple de son humanisme lucide. Le livre, inspiré par les œuvres de Boccace, est conçu comme un dialogue entre maître et élève. Raison, Justice et Droiture invitent Christine à bâtir une ville destinée à abriter les femmes illustres du passé et les dames vertueuses de tout temps dans un monde fait pour les hommes. Symboliquement, les livres des prédécesseurs sont les pierres, le matériau préparatoire de la cité nouvelle.

Il s'agit d'un récit allégorique se voulant une version personnelle de "De mulieribus claris" (Des Femmes illustres), suite de biographies de femmes historiques et mythologiques écrites par l'auteur florentin Boccace, publié en 1362. Pour avoir critiqué Jean de Meung, Christine de Pisan y est comparée, dans une édition de 1401, à la courtisane grecque Léonce. BnF, MS Français 12420, fol93r, à découvrir en ligne sur Gallica.

"Christine de Pizan décrit une société allégorique, où la dame est une femme dont la noblesse est celle de l'esprit plutôt que de la naissance. L'ouvrage cite une série de figures féminines du passé que Christine de Pizan donne comme exemple de la façon dont les femmes peuvent mener une existence pleine de noblesse tout en apportant leur contribution à la société. Ce livre contient également des dialogues didactiques entre trois figures allégoriques, les déesses de la Raison, de la Droiture et de la Justice. Cette dernière demande à Christine de Pizan de construire une cité métaphorique où pourront résider les Dames." Wikipedia

 A consulter sur Gallica
A consulter sur Gallica

L'article de Wikipedia décrit la structure du livre, et mon propos n'est pas de décrire l'ouvrage de Christine de Pisan, mais plutôt de rappeler qu'elle a été écartée par les grands esprits de l'époque, peu enclins à reconnaître à une femme une telle érudition. Sa figure sera ôtée des publications et son ouvrage sera même attribué à un auteur masculin. Il ne faisait pas bon, à l'époque, pour une femme de critiquer l'auteur du Roman de la Rose et encore moins de vouloir être indépendante et vivre de son travail.

"Christine de Pizan demande si les femmes doivent recevoir la même éducation que les hommes et pourquoi cette idée déplaît aux hommes. Elle évoque également des questions comme celle de l'illégalité du viol, l'affinité des femmes pour l'étude et leur capacité à gouverner. Le livre de Christine de Pizan est considéré par certains auteurs contemporains comme un des premiers ouvrages féministes de la littérature, en ce sens qu'il ne reprend pas les tropes usés du débat rhétorique utilisés par les auteurs masculins pour attaquer ou défendre les femmes, mais se place délibérément dans une perspective nouvelle, la narratrice prenant conscience de ce que sa vision d'elle-même est en fait déterminée par les clichés qui circulent sur les femmes et véhiculent à l'époque un sentiment de leur infériorité « naturelle »

page de garde de l'édition citée ci-dessus par Gallica
page de garde de l'édition citée ci-dessus par Gallica

Il peut sembler vain de chercher la modernité dans un ouvrage du Moyen-Age, pour nous qui sommes si loin aujourd'hui de toute cette symbolique, héritée des auteurs latins et imprégnée de la spiritualité chrétienne. Nous avons perdu beaucoup de clés de compréhension, sauf quelques érudits. Il est préférable d'y voir la modernité pour l'époque, à savoir la vision d'une utopie qui annonce celle de Thomas More, et l'humanisme. Mais le fait que ce soit une femme qui parle de femmes, l'a écarté de l'histoire, notre vision de l'histoire, écrite par des hommes aux siècles derniers.



(1) Christine de Pisan héritière des Trobairitz et première femme de lettres française - ICI

Le maître de la Cité des Dames sur Wikipedia

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