La cardère à lainer
- fardoise07
- 31 déc. 2024
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Le chardon cardère est l'exemple d'une collaboration réussie entre l'agriculture et l'industrie.
Cette plante de la famille des Dipsacaseae, que l'on trouve à l'état sauvage, a été largement cultivée afin de servir dans l'industrie textile, notamment à Avignon (voir en fin d'article).
La cardère à lainer (Dipsacus sativus), cultivée, se distingue du chardon cardère sauvage (Dipsacus fullonum) par un capitule plus long et des épines recourbées :

Le chardon qui a donné le mot « carder » ne sert pas, à proprement parler, à carder, c'est à dire séparer les fibres et démêler la laine, mais à ce que l'on appelle le lainage.
Le lainage est une opération de finition du tissu qui va en soulever les fibres pour le rendre plus moelleux et souple. Il est pratiqué sur un drap mouillé avec un râteau garni de chardons cardères ou chardon à foulon, et tire le poil du côté de l'endroit. La laine ainsi peignée prend un aspect poilu et velouté, le maillage de la chaine et de la trame est caché, elle est plus souple et plus isolante. On utilisait aussi du poil de porc épic et aujourd'hui des cardes, planchettes de bois hérissées de pointes métalliques.

Le chardon est semé en au mois d'août, repiqué en décembre ou janvier pour être récolté en juillet. Une fois cueilli, il était séché par le paysan puis transporté dans de grands ballots de toile jusqu'aux usines de conditionnement.

Six fabriques de chardon étaient en activité en 1903 à Cavaillon et Avignon, occupant près de 400 ouvrières chargées de trier, ciseler et classer les chardons. Une fois les déchets enlevés les chardons sont calibrés et triés par taille, puis découpés en cylindres réguliers avant d'être fixés sur une tige métallique, Une fois les déchets enlevés les chardons sont calibrés et triés par taille, puis découpés en cylindres réguliers,

avant d'être fixés sur une tige métallique, et rassemblés sur des peignes, ou sur des rouleaux. Les chardons sont tassés dans de grands cartons pour l'expédition.Le chardon de Provence était exporté dans tous les centres textiles du monde. La France exporte 95% de sa production (in Richesses de Vaucluse)

Le chardon aujourd'hui n'est plus cultivé que de manière très sporadique, sa disparition est liée à celle de la "laineuse à chardons naturels", les chardons ont été montés sur des machines à carder - voir l'article sur le site tassel.fr
Dans le Vaucluse, il existe encore une fabrique de lainages, à l'Isle sur la Sorgue : les établissements Brun De Vian Tiran, les étoffes y sont toujours lainées au chardon. Le site internet : http://www.brundeviantiran.com
Sources :
Histoire de Vaucluse – tome II – Éditions Barthélémy, Avignon
Le textile en Provence – Edisud
« Richesses de Vaucluse » Chambre de Commerce d'Avignon et de Vaucluse – Imprimé en 1948 par Rullière Frères – 7 rue Bouquerie à Avignon – Il y est précisé qu'alors sont inscrits au Syndicat des Négociants en Chardons dans le Vaucluse : Gustave Naquet de Fils à Avignon ainsi que P. Chenel et Cie à Cavaillon
Conférence au Musée Calvet le 16 06 2009 de Monsieur André Naquet, dernier exploitant de chardons cardère à Avignon. L'emplacement de cette usine est occupé aujourd'hui par une résidence à laquelle il a désiré que l'on donne le nom le « La cardère ». C'est là que j'habitais, d'où mon intérêt particulier pour cette plante. L'actuelle gare de TGV est située à l'emplacement d'un ancien champ de chardons.
A lire aussi « Une Manufacture lainière en Provence - Brun De Vian-Tiran» Pierre Brun
Le chardon cardère n'a pas disparu, on peut trouver des conseils pour cultiver la cardère sur le site de la Hulotte : http://lahulotte.fr/img_lh/pdf/notice_cardere.pdf
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