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AMEN - Un film de Costa Gavras

  • fardoise07
  • 5 janv.
  • 3 min de lecture

Tout le film est rythmé par le passage des trains, fermés à l'aller, vides au retour.


Le personnage central, Kurt Gerstein (*), médecin devenu SS, est affecté à la désinfection et fournit le ZYKLON B. Et, un  jour, par un regard à travers l’œilleton d'une porte de chambre à gaz,  porte qui est secouée par les efforts désespérés de ceux qui veulent sortir, il découvre l'horreur de l'utilisation de ce gaz.  Nous, nous ne verrons rien, juste ce que lui ressent à travers l'expression de son visage. En chrétien convaincu, son combat sera désormais de faire savoir ce qu'il a vu.  Après son échec auprès des représentants de sa communauté, il tente de contacter le Pape, qui, pense-t-il,  peut seul pouvoir faire pression sur Hitler pour stopper la machine. Le film est le constat de l'échec de sa tentative, comme ont échoué tous ceux qui ont essayé de faire savoir ce que tout le monde tentait d'oublier et de cacher. Certains vont jusqu'à dire que la machine ne pouvait pas être arrêtée ??


 Et pendant ce temps, les trains roulent.



Je ne retiens, ici, que ce contraste, entre le combat de cette poignée de personnes et  l'indifférence des autres :

- celle des cyniques comme le docteur (Mengele ?) qui trompent leur ennui par l'horreur.

- celle des lâches, des routiniers, à tous les niveaux, administrations, églises...

- et surtout, celle de tous ceux qui sont pris dans le carcan des obligations, du rôle qu'ils ont à jouer, de leur mission, bref de leur place dans la grande histoire, place qu'ils ne sont pas prêts de lâcher, quel qu'en soit le prix. On les retrouve partout, et ce qui clôt tout espoir, chez les alliés qui accusent Gerstein - qui en désespoir de cause s'est rendu à eux pour témoigner - de n'avoir rien fait en son âme et conscience de chrétien.


Un film à désespérer de l'humanité, oui, pas la peine de chercher une morale positive. Le héros est réhabilité 20 ans plus tard, mais cela ne change rien ; si ce n'est pour sa mémoire et pour sa famille.


 Et pendant ce temps, les trains roulent.


Au delà des polémiques, si ce film dérange, c'est bien pour cela, parce qu'il montre que l'indifférence n'est pas le fait que d'un seul camp, et pas par ce qu'il dit de l'église catholique - à mon humble avis, elle en a vu d'autres et de plus sévères de critiques. L'église luthérienne Allemande, en 2000, a parlé de "silence et d'abandon ; Jean Paul II, en 1999, de "fautes commises". Costa Gavras lui dit : "l'indifférence est toujours là, elle n'a pas commencé au moment des camps, elle ne s'est pas arrêtée à la fin de la guerre. Les États sont habitués aux monstres. Et nous aussi."


 Et pendant ce temps, les trains roulent, les bateaux coulent...


(*) il a réellement existé, pour en savoir plus sur lui voir l'article sur "Herodote.net"

Je ne suis pas la seule à prendre position, je cite :

"Costa Gavras, quant à lui, ne s'en tient pas là. Son film est prétexte à une thèse outrancière selon laquelle il n'y aurait tout simplement pas eu de génocide si Pie XII dénoncé avec éclat le nazisme ! En définitive, avec quelques moments d'émotion et une fin mélodramatique tirée par les cheveux, je ne crois pas qu'Amen. apporte aux spectateurs une meilleure compréhension de l'époque." André Larané.

Personnellement, je n'écrirais jamais les mots" thèse outrancière" et je ne pense pas que Costa Gavras pense cela, il est loin d'être naïf. Mais c'est vrai que l'Holocauste aurait pu être ralenti, le nombre des déportations diminué si les Églises avaient fait pression. De récentes recherches ont montré qu'en France cela a été le cas, en comparaison avec des pays voisins.

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